Isolée au milieu de l’Atlantique Nord aux confins du cercle polaire arctique, telle une sentinelle face aux dépressions météorologiques du Grand Nord, une île volcanique jeune de 20 millions d’années offre un territoire où ornithologie rime avec soleil de minuit !

Après avoir quitté Reykjavik la capitale, l’immersion naturaliste est immédiate – champs de lave, odeur de soufre et … oiseaux à volonté. Nous sommes en fin d’après-midi et la météo, un élément à prendre en considération prioritaire pour découvrir ce morceau de bout du monde, nous impose de commencer notre périple par la côte sud et les îles Westmann. Une bonne heure de route plus tard nous prenons possession d’une chambre dans le lodge de pêche situé sur les bords de la rivière Ranga, un établissement plus que recommandable pour les passionnés d’avifaune.

Jugez plutôt : depuis le seuil de la porte nous profitons d’une vue imprenable sur le volcan Hekla situé à une trentaine de kilomètres, tout en observant un ballet aérien incessant d’oies cendrées, de cygnes chanteurs, de barges à queue noire et de bécassines des marais dont un individu s’est installé au bord du jacuzzi pour y observer les bipèdes qui y mijotent ! Le message est clair, en Islande les humains sont tolérés chez les oiseaux et non l’inverse.

Le lendemain matin, départ aux aurores pour rejoindre le ferry qui relie la côte sud aux îles Westmann. Après une petite demi-heure de navigation sur un océan d’huile, nous accostons dans le port de Heimaey, la bourgade qui a donné son nom à la plus grande des îles de l’archipel des Westmann. C’est ici qu’en 1973 l’éruption du volcan Eldfell a ravagé tout ce qui s’y trouvait, transformant la ville en « Pompéi du nord ». Le cratère principal offre encore des fumeroles et des roches tièdes, mais ses contreforts recouverts de lupins sont le paradis d’oiseaux dont des dizaines de chevaliers gambette n’hésitant pas à fondre sur les touristes qui sortent des sentiers battus. Mais nous sommes ici pour une première approche aquatique de l’Islande et prenons place à bord du bateau Viking Tours sous les ordres du capitaine Sigurmundur Einarsson.

La croisière fait le tour de l’île en 90 minutes, un laps de temps suffisant pour observer confortablement quelques-uns des 10 millions de macareux moines vivant dans les falaises de l’île, aux côtés d’innombrables guillemots à miroir et de Troïl, de pingouins torda, de pétrels fulmar, de mouettes tridactyles, de fous de Bassan, de grands cormorans et d’eiders à duvet. Ces derniers sont de véritables vaches sacrées en Islande où les fermiers récoltent leur précieux duvet et gare à celui qui oserait en effleurer les plumes. Le grand pingouin n’a pas eu cette chance et le dernier individu de l’espèce a été tué en Islande en 1844. Clou du spectacle, notre capitaine engouffre son vaisseau sous les voûtes de la grotte de Klettshellur où il coupe les moteurs et nous fait profiter de l’acoustique des lieux … en jouant du saxophone. Envoûtant.

Pour les plus courageux et les noctambules, Sigurmundur propose des sorties en mer entre 23h et 1h du matin où l’on peut observer des baleines, mais surtout des océanites cul-blanc et tempête, ainsi que des puffins des anglais.

Le troisième jour de notre périple est consacré à la remontée vers la péninsule du nord-ouest, le pays des fjords. A 60 Km au nord de Reykjavik une halte s’impose sur les rives du Borgarfjördur d’où l’on observe quasiment à coup sûr le vol du pygargue à queue blanche qui niche sur une petite île émergée au beau milieu des flots bleus. Il nous reste près de 300 Km à parcourir et non des moindres, car ce soir nous dormirons à la pointe la plus occidentale de l’Europe. Nous suivons la route nationale 1 qui fait le tour de l’île sur environ 100 Km, avant de bifurquer à gauche sur la route 60. A ce moment-là on quitte le monde « moderne » pour plonger dans un univers où la nature reprend ses droits. Le bandeau d’asphalte devient graviers et nids de poule, la vitesse moyenne fond comme neige au soleil et les jumelles restent accrochées à votre cou pour profiter du spectacle.

On passe un premier col où s’accrochent les dernières plaques de neige, puis un deuxième, puis un troisième et finalement on arrête de les compter car il faut se concentrer sur la route et plus particulièrement sur les moutons qui la traversent sans prendre garde aux automobiles … si peu nombreuses dans ce coin d’Islande. La piste serpente ainsi le long des fjords qui s’enfoncent dans l’Océan Atlantique Nord telles les proues de paquebots immenses et le spectacle ne cesse de changer au gré de la piste et des humeurs du ciel.

Il est 21h lorsque nous rejoignons la ferme Hnjotur où nous rencontrons Kristinn le propriétaire des lieux, mais le soleil est encore haut perché dans le ciel. Nous sommes à quelques kilomètres des falaises de Latrabjarg, l’un des hauts lieux de l’ornithologie au niveau mondial. Réparties sur 14 Km de long avec une hauteur moyenne de plus de 400 mètres, elles abritent des millions d’oiseaux marins au premier rang desquels figurent les macareux moines. Des dizaines d’individus se dandinent nonchalamment sur les pelouses bordant le parking du phare et semblent y apprécier les rayons du soleil de minuit qui flirte avec l’horizon avant de reprendre sa course sans même disparaître complètement. Fascinant.
A une heure du matin nous décidons de reprendre quelques forces et rejoignons le gîte rural, où après quelques heures de sommeil nous attaquons la journée en dégustant un œuf de … guillemot ! En effet, les fermiers qui vivent dans la région de Latrabjarg pratiquent la collecte des œufs d’oiseaux marins et ce, depuis des temps immémoriaux souvent au péril de leurs vies. Une tradition qui ne met absolument pas en péril la survie des colonies aviaires et qui perdure, même si de nos jours les apports en protéines ne sont plus liés à cette chasse aux œufs funambulesque. Avant de poursuivre notre périple vers la côte nord de l’Islande, nous passons la matinée dans la baie toute proche de Raudisandur qui porte bien son nom. Par chance nous abordons l’endroit à marée basse, ce qui nous donne l’occasion d’admirer les couleurs ocres du sable qui tapisse la côte et qui forme de larges bancs où une colonie de phoques se laisse observer à souhait.

Comme partout en Islande, ici aussi l’avifaune est débordante avec par exemple des dizaines de phalaropes à bec mince, de bécassines des marais, de sternes arctiques que l’on rencontre dans les landes humides qui bordent la baie. Mention spéciale à l’huitrier-pie grâce auquel nous avons découvert le French coffee house, une ancienne ferme transformée en café par l’ex ambassadeur d’Islande en poste à Paris et qui dispose d’une terrasse avec vue sur la baie où l’on déguste un excellent café accompagné d’un non moins excellent gâteau au chocolat ! Il est temps de reprendre la piste en direction du nord, où nous croisons une compagnie de lagopèdes dont les plumes encore partiellement immaculées empêchent toute tentative de camouflage.

Après une journée de piste et de route, nous arrivons dans le saint des saints de l’ornithologie islandaise – le lac de Myvatn (en français le lac des mouches) qui porte bien son nom. Cet endroit propulse le voyageur naturaliste dans l’Islande des sagas ornitho-géologiques, dans un périple qui hésite entre Jules Verne et l’Arche de Noé.

Un endroit où même les plus pressés (nous en faisons partie) se doivent de poser leurs valises au moins trois jours pour effleurer, au sens propre comme au sens figuré, toutes les richesses qu’offre la nature. Sans guide point de salut et c’est donc en compagnie d’Illugi Mar Jonsson, jeune sauvageon natif de Reykjahild où sa famille gère plusieurs gîtes, que nous partons découvrir les secrets du lac et de ses environs.

En raison de la richesse en ressources alimentaires du lac directement liée à l’entomofaune exubérante du lieu, la plupart des espèces d’oiseaux islandais se retrouvent dans la région du lac, avec toutefois quelques espèces emblématiques dont certaines offrent ici les meilleures densités du pays voire d’Europe. On notera le garrot d’Islande dont 2000 couples nichent dans les anfractuosités des champs de lave, le grèbe esclavon, le goéland arctique, le canard siffleur américain, le courlis corlieu, le bruant des neiges, le labbe parasite, le fuligule milouinan, le cygne chanteur, le faucon gerfaut et le clou du spectacle, le garrot arlequin que l’on rencontre dans les flots tumultueux de la rivière Laxa qui prend sa source à l’embouchure du lac. Vous avez dit byzance ? Impossible de passer à Myvatn sans visiter le musée de Sigurgeir Stefansson, du nom d’un jeune islandais passionné d’ornithologie et collectionneur d’œufs, qui périt dans les eaux du lac en 1999 à l’âge de 37 ans. On y découvre plus de 300 spécimens d’oiseaux islandais naturalisés, ainsi qu’un grand nombre d’œufs présentés de façon didactique. Pour l’avant-dernier jour du périple nous remontons à quelques 80 Km au nord de Myvatn, en direction de  Husavik. Le long de la piste se dressent de vieux volcans recouverts de plaques de neige qui leur donnent une allure d’orque. Certainement un excellent présage, car le programme de la journée porte un nom : whale watching – observation des baleines.

Husavik a été fort longtemps un important centre de chasse à la baleine et aujourd’hui les embarcations sont mises à profit pour voir les cétacés au plus près, mais aussi pour naviguer le long des îlots qui parsèment la baie et où vivent des centaines de milliers de macareux moines.

Le spectacle est d’autant plus fascinant que nous avons opté pour un vieux bateau en bois et à voile de la compagnie North Sailing, qui offre l’énorme avantage de ne faire aucun bruit mécanique.

Sensations naturelles garanties, et que dire des longues minutes durant lesquelles nous avons eu la chance de dériver aux côtés d’une baleine bleue (plus grand mammifère au monde avec ses 30m de long et 190 tonnes) et de deux baleines à bosses !

Après quatre heures de plaisance, nous retrouvons la terre ferme. Cap à l’ouest jusqu’à Blonduos où l’on remplit le réservoir à ras bord, puis cap plein sud pour une traversée de l’île et une découverte des déserts intérieurs (4×4 indispensable). Un monde irréel au cœur d’une île irréelle. Que pouvait-on attendre d’autre ?

Contacts
Accommodations, guides and car rental: Lax-à agency
Cruise, Westmann Islands: www.vikingtours.is
Volcano Museum, Westmann Islands: www.eldheimar.is
Bird Museum in Myvatn: www.fuglasafn.is
Whale watching: www.northsailing.is

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